Les crypto-actifs entre droits spéciaux et droit commun : entretien avec France Drummond

Cet ouvrage collectif, dirigé par France DRUMMOND, paraît le 1er septembre aux Éditions Panthéon-Assas

Texte

Les Éditions Panthéon-Assas publient ce mardi 1er septembre Les crypto-actifs entre droits spéciaux et droit commun, un ouvrage collectif dirigé par France Drummond, professeur de droit privé à l’université Paris-Panthéon-Assas et directeur de l’Institut de recherche en droit des affaires (IRDA).

 

Couverture de l'ouvrage dirigé par France Drummond
Texte

Cet ouvrage est issu du projet LEGDIGITAS, distingué par l’Agence nationale de la recherche. Comment est né ce projet ?

Le projet LEGDIGITAS, retenu par l’ANR dans le cadre de l’appel à projets 2023, est né au moment où la technologie des registres distribués engendrait une prolifération d'instruments nouveaux – tokens, crypto-actifs, actifs numériques… dont ni la qualification ni le régime n’étaient véritablement établis. Les initiatives législatives se multipliaient pour encadrer le phénomène, mais l’approche française et européenne demeurait principalement celle de la régulation financière : les textes se concentraient sur l’encadrement des émissions, des acteurs et des activités. Dans le même temps, les travaux internationaux et certaines juridictions étrangères commençaient à s’emparer directement des questions de droit privé soulevées par ces nouveaux biens.

L’ambition du projet était donc de construire une réflexion française suffisamment solide pour participer à ces débats. D’une certaine manière, il s’agissait de prolonger l’effort doctrinal qui avait été mené lors de la dématérialisation, en ayant conscience de la rupture introduite par la tokenisation : la blockchain permet d’assurer techniquement l’unicité de l’actif et d’en organiser la maîtrise exclusive sans recours à un intermédiaire, propriétés généralement associées aux biens corporels. 

Parle-t-on vraiment d’une même réalité juridique lorsque l’on évoque les « crypto-actifs » ?

C’est précisément l’une des difficultés. Sous une même appellation sont réunis des objets très différents. Certains crypto-actifs sont « natifs » : ils sont nés de la technologie des registres distribués, comme le bitcoin. D’autres sont la forme tokenisée d’un instrument juridique connu : un titre financier, un titre cambiaire, une monnaie, un dépôt. Certains crypto-actifs, comme le bitcoin, ont une valeur propre sans représenter juridiquement un autre bien ; d’autres représentent juridiquement un droit ; d’autres encore, comme la plupart des NFT, sont seulement associés à un actif.

Il n’en demeure pas moins que ces biens sont techniquement représentés, conservés, contrôlés et transférés selon des modalités communes, tenant à leur inscription sur un registre distribué. Comment traduire juridiquement cette singularité technique ? C’est l’une des questions qui sont au cœur de l’ouvrage.

Texte

Le droit a évolué pendant vos travaux, notamment avec l’ordonnance dite MiCA. Les incertitudes que vous aviez identifiées subsistent-elles ?

Oui, même si le paysage a profondément changé. L’ordonnance du 15 octobre 2024 a constitué une avancée importante, en dotant les crypto-actifs relevant du règlement MiCA d’un embryon de régime patrimonial. Plusieurs de ces solutions rejoignent d’ailleurs les réflexions que nous menions.

Mais ce régime ne couvre qu’une partie des biens tokenisés. MiCA exclut notamment de son champ les crypto-actifs qui constituent la forme tokenisée d’instruments nommés tels que les instruments financiers, mais aussi les dépôts ou les fonds au sens de la réglementation bancaire ; les jetons uniques et non fongibles en sont également, en principe, exclus. D’autres régimes existent donc à côté de celui issu de MiCA, tandis que certaines situations demeurent incertaines. C’est ce morcellement du droit positif que met en évidence la première partie de l’ouvrage.

C’est ce constat qui vous conduit à envisager un régime commun des biens tokenisés ?

Oui, mais ce régime commun est avant tout une hypothèse de travail. Nous nous sommes demandé si la règle substance over form, que l’on rattache à un principe de neutralité technologique souvent mal compris, avait vocation à guider les réponses à toutes les questions posées par les crypto-actifs. En matière patrimoniale, la forme ne doit-elle pas, au contraire, commander certaines solutions lorsqu’elle détermine concrètement les modalités d’appropriation, de maîtrise et de circulation du bien ?

C’est cette interrogation qui nous a conduits à tester quelques règles transversales : qualification comme biens meubles incorporels, caractère consensuel des contrats translatifs, transfert de propriété par l’enregistrement de la transaction dans le registre, protection de l’acquéreur de bonne foi. Il ne s’agit pas de substituer un régime uniforme aux droits spéciaux, mais de rechercher s’il existe un socle commun, appelé à céder chaque fois que la nature propre de l’instrument justifie une solution particulière. 

Pourquoi avoir ensuite confronté cette hypothèse à différentes branches du droit ?

Parce qu’un régime commun convaincant en théorie pouvait se révéler inadapté en pratique. Nous l’avons donc éprouvé en droit des sûretés, des procédures civiles d’exécution et de l’insolvabilité, mais aussi en droit bancaire, en droit des titres financiers et des sociétés, en droit pénal, fiscal et international privé. Les titres transférables électroniques font également l’objet d’une étude spécifique.

Cette confrontation constitue l’une des richesses du travail collectif : elle montre que l’unification est pertinente sur certains points, mais que les particularités de certains instruments imposent ailleurs le maintien de règles propres. 

Texte

« Un ouvrage fondateur pour comprendre la montée en puissance des crypto-actifs. »

Fabrice d’Almeida, directeur éditorial des Éditions Panthéon-Assas

Texte

Au-delà des crypto-actifs eux-mêmes, que voudriez-vous que le lecteur retienne de cet ouvrage ?

Que les crypto-actifs sont aussi un révélateur des forces et des limites de notre droit des biens. Ils obligent à réinterroger des notions aussi fondamentales que le bien, la propriété, la possession, la négociabilité ou la représentation. C’est pourquoi le dernier chapitre va au-delà de l’hypothèse d’un régime commun et pose une question plus générale : la tokenisation ne constitue-t-elle pas une occasion de moderniser notre Code civil, encore très largement construit autour des biens corporels ?

L’ouvrage s’adresse donc naturellement aux spécialistes des crypto-actifs, aux praticiens et aux pouvoirs publics, mais aussi, plus largement, aux juristes intéressés par la manière dont le droit accueille l’innovation. 

 

Commander l'ouvrage
Fiche de l'ouvrage
Flyer de l'ouvrage
Texte

Pour en savoir plus

Promouvoir l'ouvrage

Contact : epa@assas-universite.fr

Recherche

Partager cette page

à voir aussi

Le droit de la concurrence à la croisée des chemins

Recherche

Le droit de la concurrence à la croisée des chemins : entretien avec Emmanuelle Claudel

Cet ouvrage collectif, dirigé par Emmanuelle Claudel, est publié ce mardi 5 mai 2026 aux Éditions Panthéon-Assas

microsoftteams-image_1_2.png

Recherche

Les transformations européennes du droit des sociétés : entretien avec France DRUMMOND et Louis D'AVOUT

Publié le 12 septembre 2023 aux Éditions Panthéon-Assas, cet ouvrage collectif interroge l'influence de l'Union européenne sur le droit des sociétés.

photographie du livre

Recherche

Le hors-série 2026 de L'Année des relations internationales vient de paraître [vidéo]

L'ouvrage, dirigé par Julian FERNANDEZ et Jean-Vincent HOLEINDRE, est publié ce mardi 9 juin 2026 aux Éditions Panthéon-Assas

TOUS LES ARTICLES